Quand le changement devient la seule vraie stabilité
Dans cet épisode du balado, M. Vincent Fournier, M.A., DESS (rel. publ.), aborde un sujet qui touche toutes les équipes : notre façon de réagir au changement. Conférencier de métier, il invite les professionnels à cesser de voir le changement comme une menace à contrôler, pour plutôt le considérer comme une compétence à développer.
Dans une clinique dentaire, le changement ne se présente pas toujours comme une grande transformation annoncée. Il arrive souvent par petites secousses : une nouvelle façon de travailler, une équipe à réorganiser, des attentes qui évoluent, des outils à intégrer, des décisions à prendre plus vite qu’avant.
C’est précisément dans ce contexte que la réflexion de M. Vincent Fournier prend tout son sens. Invité à prendre part au congrès, il explique que le sujet du changement s’est imposé parce que le domaine de la dentisterie évolue dans un environnement « en pleine mutation, en plein changement, en pleine innovation ».
Et lorsque tout bouge autour de soi, rester immobile n’est plus vraiment une position neutre.
Gérer le changement… ou apprendre à l’adopter?
Depuis des années, on parle beaucoup de gestion du changement. Mais pour Vincent Fournier, cette idée ne suffit plus.
Les dernières années ont rappelé à quel point les individus et les organisations peuvent être bousculés : confinement, pandémie, taux d’intérêt, guerres, changements de gouvernement. À force de vouloir tout contrôler, on finit parfois par constater que le changement avance plus vite que notre capacité à le maîtriser.
« Le changement nous a beaucoup plus gérés que nous avons été en mesure de le gérer dans les dernières années », affirme-t-il.
Son invitation est claire : il ne s’agit plus seulement de gérer le changement, mais de l’adopter.
Non pas parce que le changement est toujours simple. Non pas parce qu’il ne crée jamais d’inconfort. Mais parce qu’il est devenu une réalité permanente.
« Aujourd’hui, le changement, je le répète régulièrement, c’est devenu la véritable stabilité. »
Pour lui, l’enjeu n’est donc pas de développer une plus grande résistance, mais une plus grande agilité. Autrement dit : apprendre à faire du changement un allié plutôt qu’un obstacle.
Le piège du statu quo
Dans l’épisode, Vincent Fournier parle aussi des réflexes de résistance. Ils apparaissent souvent lorsqu’une nouveauté vient déranger les habitudes, les façons de faire ou la zone de confort.
Ce réflexe est humain. Certaines personnes voient le changement comme un moteur. D’autres le perçoivent d’abord comme une contrainte. Le problème, explique-t-il, c’est que la résistance mène souvent au statu quo.
Or, dans un environnement qui continue d’avancer, le statu quo peut devenir une forme de recul.
« Si nous, on est dans un statu quo, la réalité, c’est qu’on recule parce que tout avance autour de nous. »
Cette phrase résume l’un des messages les plus forts de l’épisode. Résister au changement peut donner l’impression de se protéger. Mais lorsque les besoins, les pratiques et les réalités du milieu évoluent, ne pas bouger peut aussi vouloir dire perdre du terrain.
Vincent Fournier nuance toutefois son propos : lorsque le changement vient de soi, il est souvent plus facile à accepter. Lorsqu’il vient de quelqu’un d’autre, les freins apparaissent beaucoup plus rapidement.
C’est là que le rôle du leader devient déterminant.
Une direction claire pour éviter le changement subi
Pour Vincent Fournier, un changement devient particulièrement difficile lorsqu’il est subi. Un leader qui souhaite transformer une équipe doit donc commencer par clarifier la direction.
Où veut-on aller? Pourquoi? Comment peut-on le concevoir, le planifier et l’exécuter ensemble?
Il ne suffit pas d’annoncer un changement ou d’imposer une orientation. Le leader d’aujourd’hui, selon lui, doit être inclusif et transformationnel. Il doit aussi savoir miser sur les forces de son équipe.
Cette idée l’amène à faire une distinction importante entre collaboration et complémentarité.
La collaboration demeure utile. Mais Vincent Fournier estime qu’elle est parfois surévaluée. Pour l’expliquer, il utilise une image simple : une équipe de hockey composée uniquement de gardiens de but pourrait très bien collaborer, mais elle ne pourrait pas marquer.
Ce qui permet à une équipe de mieux s’adapter, ce n’est donc pas seulement de travailler ensemble. C’est de pouvoir compter sur des forces différentes, capables de se compléter.
« Aujourd’hui, c’est la complémentarité qui est beaucoup plus importante. »
L’émotion derrière l’adhésion
L’entretien aborde également la manière dont Vincent Fournier transmet son message en conférence. Il parle avec humour, dynamisme et légèreté, même lorsqu’il traite d’un sujet qui peut déranger.
Mais pour lui, l’essentiel n’est pas simplement de rendre le propos plus agréable. Ce qui compte, c’est ce que les gens ressentent et retiennent.
« Le seul moteur d’action dans la vie, ce sont nos émotions. »
Selon lui, les décisions humaines reposent souvent sur deux grands mouvements : rechercher plus de plaisir ou réduire la douleur. Dans un contexte de changement, cette dimension émotionnelle devient centrale.
Un message peut être clair sur papier. Il peut être logique. Il peut même être nécessaire. Mais s’il ne rejoint pas ce que les gens vivent, il risque de ne pas provoquer l’adhésion.
C’est pourquoi l’adoption du changement ne dépend pas seulement des processus. Elle dépend aussi de la façon dont les personnes comprennent, ressentent et s’approprient ce qui leur est proposé.
L’excellence comme mouvement
En conclusion, Vincent Fournier invite les professionnels à voir la vie comme un parcours d’apprentissage. Pour lui, grandir exige d’élargir sa zone de confort, de pratiquer, de répéter et de continuer à évoluer.
Il fait d’ailleurs un parallèle avec le congrès lui-même, qui en était à sa 10e édition au moment de l’entretien. Dix ans plus tard, l’événement n’est plus exactement ce qu’il était à ses débuts : il a évolué, il a grandi.
Cette même logique s’applique aux professionnels et aux équipes.
« L’excellence, elle s’acquiert avec la pratique. Elle s’acquiert avec la répétition. Elle s’acquiert avec à faire en sorte d’agrandir notre zone de confort pour devenir encore meilleure. »
Dans cet épisode, M. Vincent Fournier ne propose pas une recette toute faite. Il ouvre plutôt une réflexion utile sur notre rapport au changement : ce que nous résistons, ce que nous subissons, ce que nous pouvons apprendre à adopter et ce que le leadership peut rendre plus clair, plus collectif et plus mobilisateur.
Écoutez l’épisode complet avec M. Vincent Fournier, M.A., DESS (rel. publ.), sur YouTube ou Spotify.


